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Edmond Albius: L’esclave qui a Découvert le Procédé de Polénisation de la Vanille

par Jerry Louis-Jeune
Edmond Albius_ L'esclave qui a Découvert le Procédé de Polénisation de la Vanille

Cultivateur, né esclave en 1829 à La Réunion, Edmond Albius n’avait que 12 ans quand il a découvert en 1841 le procédé de pollinisation de la vanille. Jusqu’à cette grande découverte, l’orchidée de la vanille n’était qu’une plante ornementale parmi tant d’autres à la Réunion, la mélipone, l’insecte pollinisateur ne vivant pas sur l’île.

« La fleur de la vanille est blanche, son fruit est noir. C’est un homme noir qui découvre le fruit, c’est un homme blanc qui vole sa découverte. »

Qui pourrait croire qu’Edmond, un jeune enfant esclave noir a accompli ce qu’aucun blanc éduqué à l’époque n’a jamais réussi. C’est une provocation insupportable au creux de ces années qui annoncent une inéluctable abolition de l’esclavage.

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Edmond Albius, Fils d’Esclaves, né esclave et orphelin acheté par le botaniste Ferréol Bellier Beaumont

Île Bourbon, XIXème siècle, quelques années avant l’abolition de l’esclavage. Ferréol Bellier Beaumont, botaniste achète un bébé orphelin né esclave.

Edmond Albius est né en 1829 de parents esclaves, Jamphile et Mélise chez un propriétaire de Saint Suzanne qui l’offrira un peu plus tard comme esclave à son frère Ferréol de Beaumont-Bellier, lui aussi propriétaire à Sainte-Suzanne. On décrit Férréol grand passionné de botanique. « un homme, complexe, moderne, érudit fort versé dans l’étude de la botanique » et particulièrement dans les orchidées marié à Marie Pauline Rassama.

Velléitaire, frustré, Ferréol a besoin d’un projet, il veut accomplir une belle chose qui prouverait au monde qu’il est un humaniste. Pour ça, il y a son jardin, ses plantes, ce processus de fécondation de la fleur de vanille qui résiste encore à tous les grands botanistes de l’époque et il y a ce bébé noir qui ne demande qu’à grandir. Ferréol est un abolitionniste honteux qui oeuvre dans l’ombre.

Source : Jérôme l’archiviste – Extrait de l’ouvrage Célébrités de la Réunion paru en 2009, basé sur plus de 50 000 documents et archives retraçant quarante années de la vie réunionnaise.

Edmond reçoit ainsi un vrai prénom alors qu’à l’époque, les esclaves se faisaient baptiser comme on baptisait les animaux. Puis Férréol de Beaumont lui offre une éducation. Il le laisse expérimenter, toucher, explorer son monde, développer ses sens. Edmond vit en sécurité, il est aimé et choyé.

Sous la protection de son maître paternaliste, Edmond, s’intéresse très tôt au monde végétal. Ferréol fait de lui son jardinier et lui apprend les méthodes et procédés de fécondation des plantes, plus particulièrement des fleurs pour qu’il soit efficace dans la gestion des plantes de son jardin. Ferréol dira de son jeune esclave : « d’un naturel curieux, intelligent, il aime observer la nature et fait preuve de beaucoup d’attention ».

Cet enfant, Edmond, va grandir au milieu des plantes et à l’abri de la violence de sa condition.

Edmond Albius arrive à produire des gousses de vanille

Edmond est un enfant intelligent. Initié par son Ferréol à l’horticulture et à la botanique tout en étant privé de lecture et d’écriture, Edmond va développer une prodigieuse mémoire et un riche imaginaire.

Edmond est loin d’ignorer les conditions de vie de ses semblables malgré ses privilèges. Plus il s’éloignait de l’enfance et plus il se rapprochait de la violence. A 12, l’enfant en colère et épris d’un profond sentiment d’injustice trouvera le moyen de féconder une fleur de vanille et à produire ainsi des gousses de vanille (1841) issu du vanillier introduit à La Réunion en 1819, dans le jardin de son maître à la grande stupéfaction de ce dernier. Il a réussi là où personne d’autre ne l’avait fait. Edmond Albius a réussi à féconder la vanille.

Le jeune esclave explique alors le procédé simple et très fiable de pollinisation manuelle de la Vanille. La nouvelle fait beaucoup de bruit et la méthode est adoptée par beaucoup de planteurs. Dès lors, Edmond est isolé. « Jaloux et dépassé, Ferréol s’étiole jusqu’à devenir une silhouette molle et terne, un vieux garçon empoussiéré dans ses livres et ses frustrations. »

Toujours est-il que son maître publie immédiatement la découverte dans Le Moniteur de la Colonie et affranchit son jeune esclave qui prend le nom d’Edmond Albius (Albius signifie “Blanc”) (20 décembre 1848)

JMC Richard, botaniste de renom et esclavagiste s’approprie la découverte. Cette découverte va enrichir l’île devenue La Réunion qui commencera par la suite à produire de la Vanille en quantité pour l’exportation. Une découverte dont on contestera la paternité à Edmond même après sa mort.

La Réunion est devenue très vite une région connue pour sa vanille et le premier producteur mondial et le berceau de la diffusion d’un nouveau savoir-faire pour un certain temps.

En effet, sept ans après la découverte d’Albius, l’île exporte ses premières vanilles, une petite dizaine de kilos. Après l’adoption du procédé Loupy – de Floris, les expéditions vont s’envoler pour passer de 267 kilos en 1853 à plus de 3 tonnes en 1858.

L’île de la Réunion (à l’époque Bourbon) a même donné son nom à la fameuse vanille Bourbon de renommée internationnale, considérée comme la meilleure vanille du monde.

Edmond Albius: une vie de péripéties

Impliqué dans une sombre histoire de vol de bijoux, il est condamné par le tribunal à cinq ans de travaux forcés (1852), puis libéré pour bonne conduite (1855).

Portrait d'Edmond Albius devant des lianes de vanille
Portrait d’Edmond Albius devant des lianes de vanille paru en 1863 dans l’Album de l’île de la Réunion d’Antoine Roussin.

Edmond n’a jamais pu tirer profit de sa découverte et après son émencipation en 1848 (abolition de l’esclavage), il est comme les autres anciens esclaves: libre, pauvre et sans éducation. Puisque les ancien esclaves ont enfin un état-civil, on donne au jeune Edmond le patronyme d’Albius, en référence à la couleur blanche alba de la fleur de vanille.

Il devient ensuite cuisinier chez un officier de garnison. Sa découverte ne lui ayant rien rapporté, il meurt à Sainte-Suzanne en 1880, dans le dénuement le plus total sans que sa découverte lui soit reconnue alors que la vanille, l’épice la plus chère au monde après le safran, fera la fortune des planteurs de l’île.

Les écrits de son maître témoignent aujourd’hui que c’est bien ce jeune esclave qui est à l’origine de la fortune de nombreux planteurs.



Mémorial à Edmond Albius - 2004 - Sainte-Suzanne - Le Boccage - Sculpture de Bronze - Stattue - Jack Beng-Thi
Source: Portail Esclavage Réunion

EDMOND ALBIUS réhabilité plus de 100 ans après sa mort

En 1980, plus de 100 ans après la mort de ce jeune esclave noir, qui à 12 ans, a changé le cours de l’économie de l’île de la Réunion, une stèle a été érigée dans sa commune natale au lieu dit de Bellevue.

Puis il faut souligner que l’écrivain Michaël Ferrier a consacré le dernier chapitre de son livre Sympathie pour le Fantôme à Edmond Albius et a donné son nom à l’Institut médico-éducatif à Saint-Paul, à un collège au Port et à une école élémentaire publique à Saint-Pierre. Il a également donné son nom à un Pôle Edmond Albius de l’ALEFPA, situé à Cambaie, à Saint-Paul.

Plus récemment, le 10 mai 2004, un mémorial en l’honneur d’Edmond Albius a été installé sur le site du Bocage. Il s’agit d’un hommage à l’esclave, conçue par l’artiste plasticien Jack Beng-Thi. Une sculpture en bronze qui représente l’esclave debout, tenant une liane de vanille à la main. La statue est posée dans un espace clos par un mur circulaire en moellons sur lequel sont fixés des panneaux évoquant la traite et l’esclavage.

Memorial a Edmond Albius: Rehabilitation 100 ans apres sa mort - FindAfro
Source: Portail Esclavage Réunion

La vraie couleur de la vanille, un livre de Sophie Chérer, dédié à Edmond

Dans la nuit tropicale, un jeune garçon s’enfuit. Il s’appelle Edmond, mais n’a pas de nom de famille. C’est un garçon étrange, passionné, d’une intelligence hors du commun. Il n’a jamais appris à lire, pourtant il connaît le grec ancien. Il n’est jamais allé à l’école, mais ses connaissances en botanique égalent celles des meilleurs savants. Edmond est noir, il est né esclave. Il est orphelin, mais n’a pas connu le même sort que ses parents. À sa naissance, un homme blanc l’a pris sous sa protection, l’a aimé, l’a presque adopté. Et cet homme, ce soir, vient de le trahir. Dans sa fuite, Edmond emporte deux secrets.

Le premier est un secret terrible, qu’il ne peut révéler à personne. Le second est au contraire un secret miraculeux, une découverte extraordinaire qu’il a faite lui-même, et qui peut changer le destin de son île. Mais qui croira la parole d’un enfant noir, en 1841 ?…

Source Babelio
La vraie couleur de la Vanille par Sophie Chérer

Ce livre raconte une histoire vraie. Elle se passe sur l’île de la Réunion, alors appelée île Bourbon, à l’époque où, malgré la Déclaration des droits de l’homme, les mains coupées des esclaves ornaient encore les couloirs des maisons des maîtres, à l’époque où tout un peuple vivait et mourait dans les champs de canne à sucre…

La vraie couleur de la vanille est un livre multiple. Un livre sur le droit de l’enfant à être entendu et considéré. Un livre sur le désir de posséder et d’être reconnu. Un livre d’histoire, celle de la Réunion, de la botanique, de la traite des esclaves, des procédés de résistance et d’émancipation de ces derniers. Un livre de mémoire qui réhabilite Edmond Albius à travers la fiction puisque très peu d’archives existent ou parlent de lui.

Un livre qui s’émerveille des langues : le latin, le grec, le créole, le français et de l’infini mystère des mots : Le botaniste inventorie, le jardinier invente… Un livre sur la couleur :

Quel est le principe de fécondation de la vanille?

Le principe de fécondation de la vanille se décompose en trois mouvements:
– on saisit la pointe de la fleur avec la main gauche et on découpe la corolle avec une petite pointe.
– on soulève délicatement avec une petite pointe en bambou, le pistil (organe femelle) et on le redresse
– on appuie délicatement avec le pouce de la main gauche pour que l’étamine (organe mâle) puise s’incliner vers l’organe femelle et féconder la fleur.
– Et on recommence ainsi de suite pour chaque fleur.

Sources

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